Même si les réponses ne sont pas simples, on pourra toujours évoquer l’exclusion des marges (homosexuelles, polygames, jeunes, féminines…), l’accueil des étrangers, la relance de l’option préférentielle pour les pauvres, le colonialisme économique, les nouvelles inégalités dues aux changements climatiques, l’écart entre Église hiérarchique et Église synodale ou entre le centre romain et ses périphéries de toute sorte, et bien sûr aussi l’ampleur et les conséquences de la sécularisation, qui fait sentir ses effets partout.
Ce sera une autre paire de manches quand il s’agira de parler du rôle et du statut des prêtres (de leur célibat obligatoire) et des femmes dans l’Église (de leur exclusion du diaconat et de la prêtrise), de l’exercice du pouvoir dans l’Église et des causes systémiques des abus sexuels – avec les conséquences doctrinales et pastorales à en tirer et la réparation qu’ils exigent impérativement et rapidement si l’Église veut regagner quelque crédit.
L’Assemblée plénière de Lourdes, fin mars 2023, était consacrée aux propositions des groupes de travail mis en place après le rapport de la Ciase sur les abus sexuels sur mineurs : si les réactions plus que frileuses des évêques français préfigurent ce qui va se passer à Rome, on ne peut pas être raisonnablement optimiste.
Une bonne Église protestante
Le chemin synodal allemand aurait pu être regardé avec intérêt et bienveillance. Mais l’opposition très raide de la Curie romaine à toutes les décisions, intellectuellement très étayées, de l’assemblée synodale allemande (qui comprend un nombre égal de clercs et de laïcs) n’est pas non plus de bon augure. Le pape François s’est même permis d’ironiser à son sujet en disant que l’Allemagne avait une très bonne Église protestante, et qu’on n’y en a pas besoin d’une deuxième…
L’obstacle qu’on préfère ignorer
Mais admettons : les craintes que les changements essentiels pour celles et ceux qui ont participé aux assemblées préparatoires soient déçus sont prématurées. Laissons la discussion synodale sur les propositions remontées de la base se dérouler, sans préjuger de ses résultats : peut-être les participants entreront-ils dans une dynamique d’aggiornamento imprévue, comme lors du concile Vatican II ?
On aurait pourtant intérêt à ne pas mettre sous le tapis une difficulté redoutable, dont la préparation du Synode a montré caricaturalement l’actualité et sur laquelle on passe bien vite, à mon avis : à savoir la confirmation de l’état d’éclatement voire d’implosion de l’Église. Nombre de prêtres – courroies de transmission ordinaires et essentielles de ses décisions – se sont abstenus de participer à la consultation synodale ou n’ont rien fait pour la lancer et la relancer.
On n’y a guère rencontré, ou fort peu, les laïcs de moins de 40-45 ans, tandis que les rares participants jeunes qui se sont exprimés ont repris avant tout les options les plus conservatrices. Est-il besoin de dire que sur les réseaux sociaux et dans ses propres médias, la famille traditionaliste a largement répercuté ses aigreurs et son rejet des conclusions, trop progressistes à ses yeux, de la consultation à la base ?
Tradis et conciliaires
Pour les « tradis », comme on les appelle, le mot même de « réforme » (des structures, du système) est malsonnant : ils ne croient qu’à la conversion personnelle, à la faute individuelle, à l’urgence de prier et d’adorer plus intensément, à un regain de la piété et de l’adoration. L’oubli du concile Vatican II serait une bonne nouvelle pour nombre d’entre eux. Et ils se porteraient mieux si on parlait moins des abus dans l’Église. De surcroît, ils ont le vent en poupe côté recrutement de prêtres et adhésion de jeunes, contrairement à leurs adversaires conciliaires…, qui ont pourtant, eux, fourni le programme du Synode !